Amitié

Se faire des amis quand on est trans ou non-binaire : la force de la famille choisie

Se faire des amis n’a jamais été simple pour personne. Mais pour les personnes trans et non-binaires, cette question se double souvent d’un autre enjeu : savoir qui, dans son entourage, va rester après un coming out ou une transition. Face à des liens familiaux parfois fragilisés, un concept revient sans cesse dans les témoignages et les espaces communautaires queer : la famille choisie.

Le rejet familial, une réalité qu’on ne dit pas assez

La Fondation Le Refuge, qui héberge et accompagne les jeunes LGBT+ victimes de violences intrafamiliales, rappelle sur son site que « parce qu’ils sont LGBT+, des milliers de jeunes de toutes origines et milieux sociaux vivent chaque année le drame du rejet familial. » L’association s’appuie sur plus de 550 bénévoles pour accueillir et accompagner ces jeunes, et propose une ligne d’écoute accessible sept jours sur sept, de 8h à minuit.

Ce rejet n’est pas un phénomène marginal. Le dernier rapport annuel de SOS Homophobie, qui recense 1 771 témoignages de victimes de LGBTIphobies pour l’année 2025, souligne que 42 % des cas rapportés à l’association concernent des faits de rejet. Une proportion qui rappelle à quel point les liens familiaux dits « traditionnels » peuvent se fragiliser, voire disparaître, au moment où l’on aurait justement le plus besoin de soutien.

La famille choisie, un pilier des communautés queer et trans

Face à ce constat, un mot revient souvent dans le vocabulaire des communautés LGBTQI+ : la famille choisie. Il désigne, très simplement, les personnes sans lien de parenté qui apportent le soin et le soutien qu’une famille est censée apporter : des amis proches, des partenaires, parfois des figures plus âgées qui jouent un rôle presque parental. Ce n’est pas une notion abstraite. Elle occupe une place concrète dans la vie de nombreuses personnes trans et non-binaires, justement parce que la famille de naissance ne joue pas toujours ce rôle après un coming out.

✅ À retenir

La famille choisie ne remplace pas forcément la famille de naissance : elle vient combler ce que cette dernière n’apporte pas ou plus. Les deux peuvent coexister, se réduire ou se reconstruire avec le temps, rien n’est figé.

Et les amitiés qui existaient déjà ?

Toutes les amitiés antérieures à un coming out ou à une transition ne disparaissent pas, loin de là. Beaucoup de personnes trans et non-binaires gardent des amis de longue date qui s’adaptent, apprennent, et restent présents. Mais il est aussi fréquent que certaines relations s’effritent, parfois brutalement, parfois plus silencieusement, par gêne ou par maladresse plus que par rejet assumé. Dans ce cas, il peut être utile de faire le tri sans culpabiliser : une amitié qui demande sans cesse de justifier son identité, ou qui met mal à l’aise à chaque échange, n’a pas vocation à devenir un pilier de la famille choisie, même si elle date de longtemps. À l’inverse, certains liens se renforcent justement à ce moment-là, quand l’ami ou l’amie en question choisit de rester malgré le changement.

Où et comment tisser ces liens

Construire une famille choisie ne se décrète pas du jour au lendemain. Cela passe souvent par des lieux et des collectifs qui permettent de se croiser régulièrement. OUTrans, association féministe d’autosupport trans fondée en 2009, organise plusieurs groupes de parole réguliers, en mixité ou en non-mixité trans, où les échanges dépassent largement les questions pratiques de transition pour devenir de vrais espaces de sociabilité. De son côté, le Centre LGBTQI+ de Paris et d’Île-de-France accueille chaque année plus de 20 000 personnes et fédère 109 associations membres, avec un accueil quotidien et un bar associatif où l’on peut simplement passer du temps, sans autre objectif que de rencontrer du monde.

Ces espaces fonctionnent d’autant mieux qu’on y revient régulièrement. Un passage isolé donne rarement le temps de créer un lien solide. C’est la répétition, les visages qu’on recroise semaine après semaine, qui transforme une connaissance en amitié, puis une amitié en quelque chose qui ressemble à de la famille.

💡 Notre conseil

Proposez-vous comme bénévole dans une association ou un événement local. Avoir un rôle concret facilite énormément les premiers échanges, bien plus qu’arriver sans rien à faire dans un lieu inconnu.

Les communautés en ligne, un relais pour aller plus loin

Au-delà des lieux physiques, les communautés en ligne jouent un rôle de relais, en particulier pour les personnes qui vivent loin des grandes villes ou qui n’ont pas encore l’énergie de pousser la porte d’une association. Certaines applications reprennent d’ailleurs ce principe d’entraide entre personnes trans plutôt que la seule logique de rencontre romantique. C’est le cas de T4TSpace, une application pensée par et pour les personnes trans et non-binaires, accessible sans liste d’attente depuis un navigateur. Le site consacre une page de son glossaire à la notion de famille choisie, qu’il décrit comme « la famille que tu construis : des personnes sans lien de parenté avec toi, qui sont là comme une famille devrait l’être ». Un rappel que ces communautés en ligne peuvent aussi devenir un point de départ vers des liens bien réels, et pas seulement un espace de discussion virtuel.

Des liens qui se construisent, pas qui s’imposent

Se faire des amis quand on est trans ou non-binaire demande parfois plus de patience, et surtout plus de recherche active, que pour la moyenne des gens. Mais les ressources existent : associations, groupes de parole, lieux dédiés, communautés en ligne. Rien de tout cela ne fonctionne instantanément. Il faut souvent plusieurs mois, plusieurs rendez-vous manqués aussi, avant qu’une connaissance devienne un vrai pilier du quotidien.

Le concept de famille choisie rappelle une chose essentielle : les liens qui comptent vraiment ne sont pas toujours ceux qu’on nous attribue à la naissance, mais ceux qu’on construit, un peu à la fois, avec les personnes qui choisissent de rester. Et cette construction, aussi lente soit-elle, vaut largement l’investissement qu’elle demande.